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Fibroïne, séricine : ce qu'il reste vraiment dans votre soie

Colette - StudioSoie ColetteMatière & artisanat3 novembre 2026
Fibroïne, séricine : ce qu'il reste vraiment dans votre soie - StudioSoie

En résumé : un fil de soie brut est fait de deux protéines, la fibroïne et la séricine. Le décreusage retire l'essentiel de la seconde — c'est précisément ce qui donne à la soie son toucher et sa lumière. Or la plupart des « bienfaits » que l'on prête à la séricine ont été observés sur des extraits en laboratoire, pas sur un tissu. Voici ce que contient vraiment votre taie, et comment lire les promesses sans se tromper.

On me demande souvent, en boutique comme par écrit, si la soie « nourrit » la peau. La question est légitime : les pages produit de la moitié du marché parlent de séricine, d'acides aminés, de protéines qui hydrateraient pendant la nuit. Je vais vous dire ce que j'ai appris en passant mes journées les mains dans la matière — et ce que la littérature scientifique dit réellement.

Un fil de soie, deux protéines

Le ver à soie du mûrier, Bombyx mori, ne file pas un fil : il en file deux, côte à côte, qu'il enrobe d'une gomme au fur et à mesure. Ce que l'on récolte sur le cocon est donc un assemblage.

La fibroïne, le cœur

La fibroïne, ce sont les deux filaments. C'est la protéine structurelle : longue, très ordonnée, remarquablement résistante pour sa finesse. C'est elle qui fait la solidité du fil, sa souplesse, sa capacité à tomber. Tout ce que vous aimez tenir dans la main vient d'elle.

La séricine, la colle

La séricine est la gomme qui soude les deux filaments et rigidifie le cocon. Elle représente grosso modo un quart à un tiers du poids du fil brut. Au toucher, une soie encore gommée est mate, un peu raide, presque cartonneuse — rien à voir avec ce qu'on imagine en disant « soie ».

Fibroïne Séricine
Rôle dans le cocon Filament structurel Gomme d'enrobage
Part du fil brut Environ 70 à 75 % Environ 25 à 30 %
Aspect Lisse, lumineuse Mate, raide
Après décreusage Reste — c'est le tissu Retirée pour l'essentiel
Usage en recherche Textile, biomatériaux Extraits, hydrogels, formulations

Le décreusage : l'étape qui fait tout

Le décreusage — on dit aussi dégommage — consiste à dissoudre la séricine dans un bain chaud, le plus souvent savonneux ou légèrement alcalin. Le fil perd alors un quart de son poids, et gagne tout le reste : la main fluide, le tombé, cette lumière qui se déplace quand on bouge le tissu.

C'est une étape de savoir-faire, pas une formalité. Décreusée trop peu, la soie reste sèche et grise ; décreusée trop fort ou trop longtemps, la fibroïne s'abîme et le tissu perd en solidité. Quand une pièce vous semble rêche à l'achat et qu'elle « s'assouplit au lavage », c'est en général un décreusage incomplet qui finit de partir dans votre machine — avec un peu de matière au passage.

Retenez surtout ceci : une soie finie, celle de votre taie ou de votre housse de couette, ne contient plus guère de séricine. C'est voulu. C'est la condition du toucher.

Ce que la science étudie — et sur quoi

La séricine intéresse réellement les chercheurs. Une revue parue en 2025 dans Macromolecular Bioscience (Stradczuk-Mazurek et coll., Silk Sericin in Dermatological Diseases: From Preclinical Studies to Future Clinical Applications, DOI : 10.1002/mabi.202500058) fait le point sur ces travaux. Son titre dit déjà l'essentiel de l'état des lieux : on en est aux études précliniques, et les applications cliniques sont à venir.

Surtout, ces travaux portent sur de la séricine extraite et mise en œuvre : films, hydrogels, pansements, formulations cosmétiques. Autrement dit, un ingrédient isolé, dosé, appliqué. Ce n'est pas la même chose qu'un tissu dont on a justement retiré cette protéine. Transposer les résultats de l'un à l'autre, c'est un raccourci — et c'est malheureusement le raccourci le plus répandu du secteur.

Mon avis, formulé prudemment : si un jour la séricine fait ses preuves en dermatologie, ce sera probablement sous forme de soin, pas sous forme de drap.

L'essai clinique que personne ne cite

Il existe pourtant un essai sérieux sur des textiles en soie portés. L'essai CLOTHES (Thomas KS et coll., PLoS Medicine, 2017, DOI : 10.1371/journal.pmed.1002280) a suivi 300 enfants de 1 à 15 ans atteints d'eczéma atopique pendant six mois, répartis au hasard entre « vêtements en soie plus prise en charge habituelle » et « prise en charge habituelle seule ».

Résultat : aucune différence cliniquement significative sur la sévérité de l'eczéma (rapport des moyennes géométriques du score EASI : 0,95 ; intervalle de confiance à 95 % : 0,85 à 1,07). Les auteurs concluent que l'ajout de ces vêtements n'apporte pas de bénéfice mesurable.

Je trouve cet essai précieux, et je préfère le citer moi-même plutôt que de le laisser à la concurrence. Il trace une frontière nette : la soie est une matière de confort, pas un traitement. Aucun textile ne soigne une maladie de peau, et toute page qui le laisse entendre vous raconte une histoire. Si votre peau vous inquiète, c'est un dermatologue qu'il faut voir, pas une taie d'oreiller.

Alors, que reste-t-il de vrai ?

Beaucoup de choses — simplement, elles sont physiques et non biochimiques. Une soie bien décreusée et bien tissée, c'est :

  • Une surface très lisse, donc peu de frottement contre la joue et la chevelure pendant les mouvements de la nuit. C'est mécanique, mesurable, et c'est l'argument le plus solide de la matière.
  • Une reprise d'humidité d'environ 11 % — supérieure à celle du coton — qui contribue au microclimat du lit sans donner cette sensation de tissu mouillé.
  • Une finesse à chaleur égale : on obtient le même confort thermique avec beaucoup moins d'épaisseur, ce qui change la sensation sous la couette l'hiver.
  • Une surface non pelucheuse, qui ne retient pas les fibres courtes comme un jersey de coton.

Ce sont des qualités de matière. Elles se vérifient à la main, et elles durent tant que la pièce est entretenue correctement.

Cinq repères avant d'acheter

  1. Le momme avant tout. C'est l'unité de grammage de la soie, et le premier indicateur de tenue. Je lui ai consacré un guide entier : comprendre le momme et choisir son grammage.
  2. « 100 % soie de mûrier », écrit noir sur blanc. « Satin » seul ne désigne qu'un tissage, qui peut être en polyester — la distinction est expliquée ici : soie ou satin, quelles différences.
  3. Le toucher à réception. Une soie correctement décreusée est souple et lumineuse dès le premier contact, pas après trois lavages.
  4. Méfiez-vous du vocabulaire médical. « Répare », « soigne », « traite » : sur un textile, ces mots n'ont pas de fondement.
  5. Ignorez les promesses de séricine. Maintenant vous savez pourquoi : elle n'est plus là, et c'est tant mieux pour le toucher.

Pour aller plus loin sur ce que la soie change — et ne change pas — pour une peau réactive, Mei a écrit un billet complémentaire : peau sensible et soie, ce que dit la science.

Questions fréquentes

Ma taie en soie contient-elle encore de la séricine ?

Très peu. Le décreusage retire l'essentiel de cette gomme, et c'est justement ce qui donne au tissu sa souplesse et son éclat. Une soie qui en contiendrait encore beaucoup serait raide et mate.

La séricine est-elle bonne pour la peau ?

Des travaux précliniques explorent ses propriétés sous forme d'extrait, en formulation ou en pansement. Les preuves cliniques chez l'humain restent limitées, et ces recherches ne portent pas sur du tissu porté. Il serait abusif d'en tirer une promesse pour une taie d'oreiller.

Faut-il préférer une soie « non décreusée » ?

Non. Une soie écrue non dégommée est raide, mate et désagréable contre la peau. Le décreusage n'est pas une perte, c'est l'étape qui fait la soie telle qu'on la connaît.

Comment savoir si une soie est mal décreusée ?

Elle paraît sèche, un peu grise, et « crisse » légèrement sous les doigts. Elle s'assouplit anormalement aux premiers lavages — signe que la gomme finissait de partir.

La fibroïne peut-elle provoquer une allergie ?

Les réactions à la soie sont rares et ont surtout été associées, historiquement, à des résidus de séricine. Une soie bien décreusée en contient très peu. En cas de doute sur une réaction cutanée, demandez l'avis d'un professionnel de santé.

Pour finir

La soie n'a pas besoin qu'on lui invente des pouvoirs. Deux protéines, une étape de décreusage menée avec soin, un grammage honnête : c'est déjà une matière rare, et c'est suffisant. Je préfère vous proposer une belle fibroïne bien tissée qu'une séricine imaginaire.

Si vous voulez juger par vous-même, commencez par une pièce que votre peau touche huit heures par nuit : nos taies d'oreiller en soie de mûrier, ou l'ensemble de la collection Soie de mûrier si vous souhaitez comparer les grammages.

— Colette, pour le Journal StudioSoie

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La connaisseuse de la matière : momme, tissage, grades et entretien de la soie.

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